• Ces malformations sont maintenant bien mieux connues et étudiées grâce à la pratique de l'IRM. Le spectre de ces malformations est large et toutes ne seront pas détaillées ici. Le diagnostic anténatal touche ici ses limites, car beaucoup d'anomalies ne sont pas visibles et l'attention est simplement attirée par des signes indirects.

    Lissencéphalies et pachygyries

    Ce groupe de malformations comprend de multiples formes et fait référence, de façon générique, à un trouble de la migration neuronale responsable d'un aspect &laqno; lisse » ou grossièrement &laqno; circonvolué » de la surface du cerveau. La classification de ces affections est en pleine évolution, au fur et à mesure que le déterminisme génétique de certaines d'entre elles est mieux connu, que des regroupements entre différentes descriptions initiales sont réalisés. Certains cas peuvent également être le résultat d'une agression anténatale, comme dans le cas des infections à CMV.

    Sur le plan clinique, les éléments caractéristiques sont l'existence d'un retard psychomoteur plus ou moins sévère et d'une épilepsie. En imagerie, la surface du cerveau présente peu ou pas de sillons, les circonvolutions sont épaissies, grossières. Le cortex est souvent augmenté d'épaisseur, avec peu ou pas d'interdigitations de la substance blanche sous corticale. Des anomalies de signal (hypoT1/hyperT2) sont parfois visibles en IRM [Chateil et al. 1994].

    Les principales formes actuellement reconnues sont :

    - le syndrome de Walker-Warburg, associant une lissencéphalie et des anomalies oculaires.

    - Les lissencéphalies avec dystrophie musculaire (type Fukuyama), d'origine génétique.

    - Les agyrie-pachygyries d'origine chromosomique (Syndrome de Miller-Dieker , lissencéphalie liée à l'X, avec atteinte prédominant en région frontale).

    En anténatal, Le diagnostic de ces anomalies est subordonné en échographie aux facteurs limitants habituels et à la taille des espaces péricérébraux qui, lorsqu'ils sont fins, empêchent une bonne analyse des sillons et notamment de la vallée sylvienne. En l'absence d'antécédents familiaux connus, il s'agit donc souvent d'une découverte d'IRM ftale demandée pour microcéphalie, dilatation ventriculaire ou bilan d'autres malformations. Cependant, le diagnostic en IRM peut être difficile si les espaces péricérébraux sont trop fins ou s'il existe une malformation cérébrale complexe avec dilatation ventriculaire. Bien entendu, si l'examen est réalisé trop précocement (avant 30-32 SA), de nombreuses anomalies de gyration ne peuvent être détectées.

    Schizencéphalie

    Elle correspond à la présence d'une &laqno; fente » dans le manteau cérébral, mettant au contact le ventricule avec les espaces sous arachnoïdiens périphériques. Selon le type anatomique, on distingue les formes unilatérales et bilatérales, à lèvres fermées ou ouvertes. Le retentissement clinique est d'autant plus sévère dans les formes bilatérales à lèvres ouvertes. L'étiologie reste discutée et vraisemblablement multiple, avec certaines formes ayant un déterminisme génétique.

    Cliniquement, la présentation est variable : déficit moteur faisant évoquer une &laqno; hémiplégie cérébrale infantile », retard psychomoteur modéré à sévère, épilepsie. En imagerie, il existe une zone anormale comportant de la substance grise allant de la superficie du cerveau jusqu'à l'épendyme du ventricule. Selon la forme anatomique, le défect est évident dans les schizencéphalies à lèvre ouverte, virtuel dans les autres cas. Le septum pellucide peut être absent, même dans les formes unilatérales. Les anomalies associées doivent être recherchées : troubles associés de l'organisation corticale, avec en particulier zone de dysplasie, anomalie du corps calleux ou de la fosse postérieure [Denis et al. 2000].

    En anténatal, l'attention est attirée en échographie par la présence d'une dilatation ventriculaire plus ou moins marquée, volontiers asymétrique. La fente cérébrale doit être recherchée mais selon la position de la tête du ftus au cours du troisième trimestre, elle peut être difficile à mettre en évidence. L'IRM est essentielle pour faire un bilan morphologique plus précis et permettre le diagnostic de la malformation, tout en recherchant d'autres anomalies associées. Ceci permet alors d'argumenter la discussion d'une éventuelle IMG [Denis et al. 2001].

    Hémimégalencéphalie

    Elle est définie par une asymétrie de taille des 2 hémisphères cérébraux, le plus volumineux étant anormal ; ceci s'accompagne d'une anomalie de la prolifération neuronale et de l'organisation corticale. Cette anomalie peut être isolée ou associée à une hémi-hypertrophie corporelle. Cliniquement, il existe le plus souvent une épilepsie sévère dès le plus jeune âge, avec un retard psychomoteur variable. En imagerie, l'hémisphère atteint est modérément augmenté de volume, avec un cortex dysplasique et épais ; la substance blanche sous jacente est également anormale avec un hyper signal en T2, tandis que le ventricule homo-latéral est élargi [Adamsbaum et al. 1998; Woo et al. 2001].

    Les descriptions en anténatal sont rares, l'IRM ftale permettant d'apporter des arguments de valeur pour poser le diagnostic [Yuh et al. 1994].

    Autres anomalies de la migration neuronale

    Elles seront simplement évoquées ici car le diagnostic en imagerie peut être difficile en postnatal, et a fortiori en anténatal ; de ce fait, il s'agit d'un chapitre qui n'a pas nécessairement sa place actuellement dans le cadre des &laqno; capacités » du diagnostic anténatal.

    Les micro-lissencéphalies représentent un groupe hétérogène ayant en commun une microcrânie (< 3 DS) et une gyration diminuée, grossière. Le diagnostic peut être suspecté en anténatal devant la découverte d'une microcéphalie. Il est difficile d'affirmer le trouble de la gyration en IRM ftale.

    Les polymicrogyries se traduisent par l'existence d'un cortex mal formé, le plus souvent de façon focale, avec de multiples petits sillons. Il s'agit également d'un groupe hétérogène, toutes les formes n'ayant pas nécessairement le même aspect histologique et la même origine. En imagerie, l'IRM montre des sillons de petite taille, sérrés les uns contre les autres, avec une limite irrégulière par rapport à la substance blanche sous jacente. Une forme particulière est représentée par les formes dites périsylviennes, encore appelées dysplasies operculaires ; cliniquement, il existe des troubles moteurs oropharyngés, (syndrome pseudobulbaire) souvent un retard mental, une épilepsie inconstante. La topographie des lésions est caractéristique, avec une répartition souvent symétrique au niveau des 2 vallées sylviennes, qui sont élargies, tandis que la gyration au niveau de l'insula est anormale [Rolland et al. 1995].

    Les hétérotopies de substance grise peuvent avoir plusieurs types de répartition. Les hétérotopies sous épendymaires se présentent sous la forme de nodules de substance grise adjacents aux parois ventriculaires. Certaines peuvent avoir une origine familiale (lié à l'X). Les hétérotopies sous corticales peuvent être focales ou plus étendues, la présentation clinique étant variable en fonction de cette topographie. L'hétérotopie &laqno; en bande » correspond à un ruban de substance grise surnuméraire doublant la face profonde du cortex ; cette anomalie est le plus souvent d'origine génétique, liée à l'X (gène XLIS, &laqno; doublecortine », également responsable d'une lissencéphalie familiale).

    L'IRM permet le diagnostic de ces hétérotopies, en montrant au sein du parenchyme des zones tissulaires dont le signal suit les variations de la substance grise en fonction des séquences. Le diagnostic anténatal est possible, en particulier là encore grâce à l'IRM [Mitchell et al. 2000].

    Les dysplasies corticales trans-murales correspondent à la présence de cellules anormales (cellules &laqno; ballonnisées ») allant de la surface du cortex à la paroi ventriculaire. En imagerie, la région pathologique comporte une circonvolution élargie, des sillons irréguliers et des anomalies de signal s'étendant jusqu'à la paroi ventriculaire.

    Les dysplasies corticales focales sont définies par des zones localisées présentant une organisation cellulaire anormale. Le mode de découverte est le plus souvent une épilepsie, parfois de survenue précoce. En imagerie, il existe une zone de cortex épaissi, avec une limite &laqno; floue » par rapport à la substance blanche sous jacente, parfois une anomalie de signal en T2.


    votre commentaire
  • Agénésie et dysplasie du corps calleux (ACC)

    C'est la malformation cérébrale la plus fréquente. Le corps calleux peut être complètement ou partiellement absent ; habituellement dans ce cas, c'est la partie postérieure de la commissure inter-hémisphérique qui est manquante. Cette malformation peut être associée à une grande variété d'autres malformations cérébrales, et celle-ci concourent au pronostic et au retentissement de la malformation. De nombreux syndromes peuvent inclure une malformation du corps calleux, certains ayant un déterminisme génétique comme dans le syndrome d'Aicardi, dominant, lié à l'X.

    Les anomalies cliniques sont variables, allant de l'absence de retentissement apparent au retard psychomoteur grave avec épilepsie réfractaire au traitement médical. Ceci complique singulièrement la prise en charge. Les signes caractéristiques en imagerie associent des signes directs et indirects. Le signe direct est l'absence de visibilité du corps calleux sur la coupe sagittale médiane. Les signes indirects qui doivent être recherchés sont : ascension du troisième ventricule, élargissement de la distance entre les ventricules latéraux, parfois dilatés en particulier dans leur partie postérieure (colpocéphalie), orientation inversée des cormes frontales (en &laqno; corne de taureau »), absence de circonvolution péricalleuse avec aspect radiaire des sillons de la face interne des hémisphères cérébraux. Il peut exister un kyste inter hémisphérique associé. L'imagerie doit permettre un bilan lésionnel le plus précis possible des anomalies associées (anomalie de la fosse postérieure, trouble de la gyration).

    En anténatal, le marqueur est l'anomalie de la ligne médiane avec absence de cavité septale [Blum et al. 1990]. Le dépistage échographique s'est amélioré, et le diagnostic d'ACC complète est maintenant souvent fait à 22 SA sur les signes indirects visualisés en coupes axiales et frontales : l'absence de cavité septale doit faire rechercher l'aspect dilaté "en larme" des carrefours ventriculaires, le V3 dilaté et situé trop en haut et en avant, les cornes frontales sont écartées avec le signe du triple feuillet. Les signes directs ne sont mis en évidence que si la coupe sagittale médiane est réalisable : corps calleux absent, V3 ascensionné et dilaté, absence d'artère péricalleuse en Doppler couleur, aspect radiaire des sillons internes (seulement au 3e trimestre). Il y a des risques de faux négatifs car, avant 22 SA, ces différents signes ne sont pas toujours tous présents. La découverte d'une ACC impose un bilan écho-morphologique complet du ftus à la recherche d'anomalies associées cérébrales (60 à 75 %) et extracérébrales.

    L'IRM est indiquée, sauf en cas de poly-malformation : les signes sont les mêmes qu'en échographie et les coupes perpendiculaires au corps calleux prennent tout leur intérêt [Brisse et al. 1998]. L'IRM confirme le diagnostic d'ACC, mais permet surtout de rechercher les fréquentes anomalies associées de gyration et de migration neuronale [D'Ercole et al. 1998].

    L'agénésie partielle du corps calleux peut être méconnue en échographie, l'IRM aide au diagnostic positif et différentiel. Il ne paraît pas y avoir de différence de pronostic démontrée entre ACC totale et ACC partielle. Le pronostic d'une ACC associée à d'autres anomalies cérébrales et/ou extracérébrales, est mauvais. Il semblerait à l'heure actuelle que les formes "isolées" d'ACC aient un meilleur pronostic, mais les séries disponibles de suivi postnatal ont des effectifs limités, et le recul est faible [Blum et al. 1990; Gupta and Lilford 1995]. Par ailleurs, les ACC associées à des kystes interhémisphériques paramédians semblent représenter des formes de meilleur pronostic [Doffe et al. 1996]. En dehors de l'agénésie du corps calleux, l'association à un lipome de la région calleuse est possible et peut être reconnue en anténatal, de pronostic incertain [Ickowitz et al. 2001]. Il a également été décrit un cas de corps calleux trop épais, associé à des troubles de la migration neuronale [Rypens et al. 1996].

    Agénésie septale et dysplasie septo-optique

    La fusion des cornes frontales et l'absence de septum pellucidum sont observées aussi bien en échographie qu'en IRM. Le diagnostic de dysplasie septo-optique est difficile à affirmer en IRM anténatale (hypoplasie du chiasma et des nerfs optiques). Le diagnostic différentiel de l'agénésie septale se pose avec une destruction septale secondaire à une hydrocéphalie.


    3 commentaires
  • Holoprosencéphalie

    Il existe plusieurs formes de sévérité croissante selon l'importance de l'anomalie de diverticulation. La classification de Probst distingue les formes alobaire, semi-lobaire et lobaire [Probst 1981]. Certaines peuvent être associées à des anomalies chromosomiques. Le retentissement clinique est d'autant plus sévère que l'anomalie est complète. Des anomalies faciales sont parfois associées, mais ne sont pas constantes [Simon and Barkovich 2001].

    La forme alobaire est la forme la plus sévère d'holoprosencéphalie. Anatomiquement, il existe un ventricule unique, une absence de division de l'encéphale en 2 hémisphères, une absence de structures médianes comme la faux du cerveau. L'échographie et l'IRM postnatale retrouvent ces anomalies, avec une fusion des thalamus, une expansion kystique postérieure de la cavité ventriculaire.

    En anténatal, le marqueur est l'anomalie de la ligne médiane avec absence d'écho médian. Elle devrait être plus souvent diagnostiquée en fin de premier trimestre. Elle correspond à la découverte d'une cavité ventriculaire unique, dilatée, avec un cortex cérébral refoulé en périphérie et des thalamus fusionnés. Un hypotélorisme majeur voire une cyclopie peut se voir à la 13e S.A. Elle s'accompagne d'une anomalie chromosomique dans 50 à 70 % des cas. Dans ces cas, l'échographie dépiste l'anomalie et permet souvent un diagnostic suffisamment précis pour guider la conduite à tenir [Parant et al. 1997].

    Dans la forme semi-lobaire, la dysmorphie est moins marquée voire absente. Les signes cliniques après la naissance peuvent être une micro- ou au contraire une macrocéphalie, un retard de croissance. Des anomalies de l'équilibre ionique avec hypernatrémie peuvent également être révélateurs. En imagerie, il existe une absence de division en regard des lobes frontaux, une communication des ventricules latéraux dont la partie antérieure est mal individualisable. Le corps calleux est absent dan sa portion antérieure. La division entre les thalamus est incomplète.

    L'holoprosencéphalie lobaire est l'atteinte la moins sévère. Il existe un retard psychomoteur plus ou moins marqué, des troubles visuels, une atteinte hypothalamus-hypophysaire. Anatomiquement, l'imagerie montre des cornes frontales rudimentaires, mais il existe une faux du cerveau ; la partie antérieure du corps calleux peut être dysmorphique. Une atteinte associée des voies optiques fait discuter le diagnostic de dysplasie septo-optique.

    L'arrhinencéphalie se définit quant à elle par une absence de bulbe olfactif. Ce diagnostic est possible en IRM. Il peut être associé à une insuffisance hypothalamohypophysaire dans le cadre de d'un syndrome de Kallman-De Morsier.

    En anténatal, dans les formes semi-lobaires ou lobaires, le diagnostic est suspecté devant une fente labio-palatine médiane associée soit à un hypotélorisme, soit à une dilatation ventriculaire. Dans la forme semi-lobaire, la partie antérieure de l'écho médian et la cavité septale sont absente et la scissure interhémisphérique postérieure des lobes occipitaux reste individualisable. Un complément d'imagerie par IRM est souvent indiqué. Parfois, elle ne fera que confirmer le diagnostic échographique, d'autres fois elle apporte des éléments supplémentaires permettant de préciser le pronostic grave de la malformation. Le diagnostic anténatal d'holoprosencéphalie lobaire est beaucoup plus aléatoire, méconnu en échographie, et très difficile en IRM. On recherche une fusion des lobes frontaux et une arrhinencéphalie. Une IMG est discutée en raison du mauvais pronostic.


    votre commentaire
  • Méningocèles, encéphalocèles et méningo-encéphalocèles

    Elles correspondent à un défect au niveau de la voûte du crâne, avec une hernie des méninges, du tissu cérébral ou des 2. Ceci est le plus souvent localisé sur la ligne médiane, avec 3 topographies principales : la région occipitale, frontale ou ethmoïdale. Le pronostic est variable selon la topographie de la lésion, le contenu de la hernie, les malformations associées au niveau de l'encéphale, en particulier les autres anomalies de la ligne médiane. Ceci va de la parfaite bénignité de la méningocèle occipitale aux formes majeures incompatibles avec la vie. L'imagerie doit permettre un bilan lésionnel le plus précis possible.

    Après la naissance, l'examen clinique permet d'évoquer le diagnostic en particulier dans les localisations occipitales, qui sont les plus nombreuses. L'imagerie confirme la hernie à travers le défect osseux, et permet d'en apprécier le contenu. La situation des structures vasculaires, en particulier veineuses, est importante à préciser en imagerie pour guider le geste chirurgical. Au niveau fronto-ethmoïdal, le diagnostic peut être plus difficile, en particulier en présence d'une masse nasale. L'IRM est la méthode de choix pour confirmer la continuité de la masse avec les structures intracrâniennes.

    En anténatal, pendant le premier trimestre, seules les encéphalocèles volumineuses vont être dépistées ; les formes de petite taille ou de localisation fronto-éthmoïdale seront souvent méconnues en anténatal. Un défect osseux crânien médian donne issue à une tuméfaction à contours nets, de siège occipital dans la très grande majorité des cas. La microcéphalie associée est d'autant plus nette que l'encéphalocèle est volumineuse. En général, elles ne posent pas de problème diagnostique.


    5 commentaires
  • Elle résulte d'un défaut de fermeture du tube neural. En échographie anténatale, le diagnostic est possible dès la 13e semaine. La voûte crânienne est absente de façon symétrique. Les orbites sont visibles sans qu'on puisse mettre en évidence de tissu cérébral sus-jacent.

    Les principaux diagnostics différentiels sont la microcéphalie sévère (présence de la voûte du crâne et du tissu cérébral) et le syndrome des brides amniotiques (l'atteinte crânienne est asymétrique). Il est important de distinguer ces différentes entités (risque de récurrence différent).

    On peut rapprocher de l'anencéphalie : l'exencéphalie, hernie de cerveau recouverte de tégument à la faveur d'une dysraphie totale de la voûte du crâne et les volumineuses encéphalocèles.


    votre commentaire
  • M. Brun, JF Chateil, B. Maugey-Laulom, C Le Manh, C Labessan, F Diard

     

    Les malformations cérébrales peuvent être divisées en plusieurs catégories selon l'étape de l'embryogenèse ou de l'organogenèse à laquelle elles se constituent. Il est possible de les classer schématiquement en :

    - Anomalies de la neurulation ;

    - Anomalies de la diverticulation ;

    - Troubles de la migration neuronale et de l'organisation corticale ;

    - Malformations de la fosse postérieure.

    L'existence d'une anomalie génétique à l'origine de la malformation est possible, bien que cette éventualité reste proportionnellement rare ; ceci peut conduire à proposer une étude du caryotype pour mieux étiqueter la malformation, ou à être plus attentif s'il existe des antécédents familiaux avec un risque possible de récurrence.

    La sémiologie en imagerie de ces malformations est maintenant bien connue pour la plupart d'entre elles, aussi bien en échographie transfontanellaire qu'en tomodensitométrie et surtout en IRM. Ces explorations sont capitales pour préciser tout tableau neurologique observé chez l'enfant, venant conforter toute suspicion clinique ou faisant découvrir de façon &laqno; fortuite » une telle anomalie. Cette connaissance peut maintenant être appliquée à l'imagerie réalisée chez le ftus, pour essayer d'étiqueter les anomalies dépistées en échographie anténatale. L'enjeu concerne l'approche du pronostic pour définir au mieux l'attitude pratique à discuter avec les parents. Il existe toutefois des limites qu'il faut bien connaître ; la première concerne les difficultés à établir de façon constante un diagnostic lésionnel précis et exhaustif, même avec la pratique de l'IRM ftale. La seconde est en rapport avec l'absence de parallélisme absolu entre le type de malformation et les conséquences cliniques qui en résultent. Ceci est d'autant plus vrai que la malformation est &laqno; mineure », et que nous manquons de recul, même au cours des premières années de vie, pour prédire l'intensité des troubles qui peuvent en résulter.

    Dans ce cours, nous rappellerons tout d'abord les moyens techniques dont nous disposons, puis les différents types de malformations seront discutés. Les principaux tableaux cliniques observés dans chaque cas seront évoqués ; en dehors de la découverte &laqno; fortuite » en imagerie, ce qui est le cas en particulier de l'échographie anténatale, les principaux modes de découverte sont les syndromes dysmorphiques, les retards psychomoteurs et les épilepsies.

    Techniques d'imagerie

    Échographie

    - En postnatal, l 'échographie transfontanellaire constitue le premier mode d'exploration de l'encéphale chez le nourrisson. Les troubles de la neurulation, les anomalies de la diverticulation sont bien analysés. Par contre, la caractérisation des malformations corticales peut être plus difficile, de même que l'étude de la fosse postérieure qui est parfois insuffisante.

    - En anténatal, l'échographie est bien sûr l'imagerie de première intention, actuellement systématiquement réalisée bien que non obligatoire. Quel que soit le terme, l'étude du pôle céphalique est bien codifiée, permettant soit la reconnaissance des malformations les plus graves, soit la mise en évidence de signes indirects, parfois simplement biométriques, qui constituent des signes d'alerte et conduisent à un contrôle échographique de seconde intention, parfois suivi de la réalisation d'une IRM cérébrale ftale.

    Tomodensitométrie

    Elle est actuellement &laqno; en retrait » par rapport à l'échographie, plus facile en première intention, et à l'IRM, plus performante. La sémiologie des différentes anomalies a toutefois été décrite avec cette technique, et s'est enrichie avec les progrès faits grâce à l'IRM. Cette connaissance est essentielle pour le radiologue, compte tenu du nombre d'examens TDM réalisés &laqno; en urgence » ou lorsque l'IRM n'est pas d'emblée accessible, de façon à ne pas méconnaître une malformation sur un scanner réalisé dans un autre contexte.

    IRM

    C'est l'examen de référence pour la caractérisation des malformations encéphaliques.

    - En postnatal, nous proposons le protocole suivant : les séquences de base comprennent des coupes Spin Echo pondérées en T1 sagittal, en T1 coronal, si possible en inversion-récupération avec des coupes fines pour bien étudier la gyration, des coupes T2 transverses et une séquence en coupes axiales en densité de proton ou FLAIR. Si une anomalie de la circulation du LCR est suspectée (sténose de l'aqueduc de Sylvius par exemple), une séquence pondérée en T2 dans le même plan que l'orientation de la structure étudiée permet de rechercher la présence ou non d'un artefact de flux ; les séquences en &laqno; imagerie de phase » peuvent être complémentaires et apporter une visualisation dynamique au cours du cycle cardiaque.

    - En anténatal, l'examen est réalisé en antenne de surface ou en antenne "phased array". Le protocole de base comprend des coupes de 3 à 5 mm dans les 3 plans de référence par rapport à la tête du ftus, en T2 (Fast spin écho, single shot, séquence HASTE), et au moins dans un plan avec obtention d'une séquence T1. La rapidité actuelle des séquences disponibles permet de réaliser l'examen sans sédation ftale ou prémédication maternelle.

    Les critères étudiés sont la gyration, le parenchyme cérébral et la biométrie de l'encéphale [Girard et al. 1993; Brisse et al. 1997; Lair-Milan et al. 1997; Garel et al. 1998; Sonigo et al. 1998; Garel 2000] :

    - La gyration : Elle est au mieux étudiée en pondération T2 entre 28 et 34 SA. À 28 SA, les principaux sillons sont présents ; après 35 SA, les espaces sous-arachnoïdiens sont trop fins et la visibilité des sillons est donc moins bonne. L'operculation de la vallée sylvienne débute à 20 SA et est achevée à 40 SA.

    - Le parenchyme cérébral : Entre 23 et 28 SA in vivo, on peut observer ses différentes couches avec, de la profondeur vers la périphérie : la matrice germinale, la zone intermédiaire profonde, les cellules en migration, la zone intermédiaire superficielle, le ruban cortical. La matrice germinale et la couche intermédiaire de cellules en migration s'amincissent progressivement et après 28 SA, le parenchyme cérébral est homogène.

    - La biométrie de l'encéphale : Mieux qu'en échographie, il est possible en IRM de réaliser une biométrie cérébrale "vraie" du fait de la bonne visibilité des espaces sous-arachnoïdiens.

    Principales malformations cérébrales

    Troubles de la neurulation

    Il s'agit de malformations précoces. Lorsqu'elles son majeures, souvent incompatibles avec la vie, elles conduisent à une proposition d'interruption médicale de grossesse (IMG). Leur diagnostic échographique doit être aussi précis que possible, le risque de récurrence variant d'une pathologie à l'autre et l'examen ftopathologique n'étant pas toujours contributif à un terme très précoce.

    En anténatal, leur marqueur commun est la découverte d'une anomalie des contours crâniens : défect de la voûte.


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique